Sélectionner une page

Table ronde, ce matin, sur l’impact des transitions écologique et agricole sur les territoires et les paysages, avec la participation d’Odile MARCEL et Mathilde KEMPF, et de Christophe BAYLE, Sébastien GIORGIS, et Baptiste SANSON, co-auteurs de l’ouvrage Paysages de l’après-pétrole.

Cet ouvrage, coordonné  par Odile Marcel et Baptiste Sanson, parle des problèmes liés à l’énergie pétrole en ouvrant une réflexion sur le temps, la société et son espace en prenant en compte l’éventualité d’un pic pétrolier ou du moins une raréfaction et un coût grandissant des énergies fossiles. Le livre est structuré autour d’une trentaine d’articles qui permettent à tous les acteurs concernés, urbanistes, paysagistes, architectes, ingénieurs ou encore philosophes, de multiplier les points de vue et de donner des perspectives sur l’après-pétrole.

La question de l’agriculture et de son empreinte sur les milieux et les paysages est importante dans cet ouvrage. Ainsi, Jean-Yves QUAY (dans l’article « Quelles leçons pouvons-nous tirer de l’histoire de nos paysages traditionnels ? ») considère que la campagne est perçue, par notre société moderne, comme immuable et figée alors qu’elle est en réalité mobile. Il affirme que l’espace urbain vient de la campagne et que c’est à partir de la nature qu’est pensé l’aménagement du territoire. Ainsi, il propose de briser l’éternelle opposition en urbain et rural pour voir l’ensemble du territoire comme un tout où les différents composants sont complémentaires. C’est ce qu’il appelle la polyvalence des territoires.

Par ailleurs, les problématiques liés à l’énergie pétrole imposera une régulation des déplacements et demandera donc le développement d’une agriculture urbaine de qualité exploitant le maximum d’espaces libres dans ou à proximité des villes. L’agriculture, et au premier chef les agriculteurs, vont donc devoir relever ce défi, être attentifs aux demandes de la population et surtout anticiper les changements à venir. A ce titre, pour Régis AMBROISE et Baptiste SANSON, l’agriculture de montagne, plus fragile que celle des plaines, apparaît à l’avant-garde des réflexions agro-écologistes. Ainsi, ils illustrent leur propos à travers l’expérience de «Maxime VIALLET, président de la coopérative de Beaufort, qui fut pionnier pour impulser dans les montagnes françaises la politique qu’il mettait en œuvre dans sa vallée : valoriser les ressources fourragères locales et notamment les parcelles en pente, s’organiser en coopérative pour garantir la qualité du fromage et pas seulement augmenter la quantité, maintenir le maximum d’agriculteurs double-actifs qui vivraient du revenu du lait de leurs animaux et de l’entretien apporté à la montagne par leur gestion.»

L’ouvrage promeut le verdissement productif de la ville et de sa périphérie. Les auteurs considèrent que si les agriculteurs doivent changer un certain nombre de leur pratique, les concepteurs (urbanistes, paysagistes, architectes, etc.) doivent eux aussi réviser leurs outils. L’espace rural apparaît comme un terrain d’expérimentation idéal pour élaborer une autre manière de faire un projet. Par ailleurs, depuis que la compétence urbanisme revient au bloc communal, le concepteur convaincre les municipalités à valoriser la terre et la culture au profit d’une forme urbaine et de l’impérieuse nécessité de concevoir un espace dans sa globalité.

Ainsi, l’agriculture en frange des villes devient un lieu d’expérimentation, une manière d’envisager différemment une agriculture intensive au contact d’une population citadine, ne vivant pas de la terre. Selon Giovanna MARINONI : « le paysage d’après le pétrole sera peut-être, en ce sens, le lieu d’un plus grand nombre d’expériences partagées. »

odileMarcelWOdile MARCEL : Agrégée de philosophie, ODILE MARCEL est professeur honoraire de l’Université Lyon III.
Depuis plus de trente ans, elle mène des recherches sur l’espace et le paysage. Auteur de nombreux articles et de nombreux essais (La Maladie européenne : Thomas Mann et le XXe siècle, PUF ; Paysage visible, paysage invisible, Champ Vallon …). Elle est par ailleurs présidente de l’Association La Compagnie du paysage et membre du Conseil scientifique du Conservatoire du Littoral et des espaces lacustres.

 

BaptisteSansonBaptiste SANSON : Ingénieur agronome spécialisé en développement rural.
Il travaille au sein de la Bergerie de Villarceaux (Val d’Oise), propriété de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme (FPH). Ce domaine rural, qui s’étend sur près de 800 ha, est un lieu de recherche, d’expérimentation et diffusion des idées qui promeuvent la construction de territoires ruraux durables.

 
Joan Carbuccia